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lundi 11 mars 2024

PRÉPARATION POUR LA PRODUCTION ÉCRITE: Y A-T-IL UN CAS DE CONVERSION RELIGIEUSE DANS "M. IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORAN"

 

I. L'avis de l'auteur:


-"Monsieur Ibrahim ne veut pas convertir Momo à la religion musulmane, il lui montre simplement comment lui vit avec elle. Momo ne deviendra sans doute pas musulman, même s’il lit le Coran et se met à prier comme un soufi. Par contre, il deviendra à son tour « l’arabe » de la rue Bleue".


II. Marion Foncillas, Formation Bachibac:






III. Un témoin tout à fait particulier, Ibn Arabi, le prince des soufis de l'Espagne musulmane.


Ibn ‘Arabī (nom complet: Muhyī al-dīn Abū ‘Abd Allāh Muhammad bin ‘Alī bin Muhammad bin Ahmad bin ‘Abd Allāh bin al-‘Arabī al-Tā’ī al-Hātimī al-Andalusī3  en arabe : محيي الدين أبو عبد الله محمد بن علي بن محمد بن أحمد بن عبد الله بن العربي الطائي الحاتمي الأندلسي), né le , à Murcie, et mort le , à Damas est un oulémathéologienjuristepoètesoufimétaphysicien et philosophe andalou4,5,6, auteur de quelque 850 ouvrages .

Son œuvre domine la spiritualité islamique depuis le xiiie siècle, et il peut être considéré comme le pivot de la pensée métaphysique de l'islam7. Il est le plus grand penseur de la doctrine ésotérique du Wahdat al-wujud (« Unicité de l'Être »). Il eut quelques ennemis dans le domaine exotérique8. Dans l'ésotérisme islamique, il est considéré comme le « sceau de la Sainteté »9. Selon certains auteurs, Dante Alighieri, dans la Divine Comédie, aurait été influencé par son œuvre10.

[...] Pour Marie-Thérèse Urvoy, la pensée d'Ibn Arabi se juxtapose à la charia sans la contredire : ainsi, Ibn Arabi narre-t-il comment il a contraint le sultan de Konya à imposer les signes de la dhimmitude aux « Gens du Livre » alors qu'il les voyait se promener dans la ville sans les marqueurs de leur catégorie confessionnelle39 


(Wikipédia)





"A travers les portraits et les biographies des maîtres andalous et maghrébins qu'il a connus, Ibn 'Arabî nous renseigne sur la période occidentale de sa vie, celle de l'enfance, de l'adolescence et de l'initiation spirituelle. Conçu pour démasquer les faux mystiques, cet ouvrage constitue un témoignage exceptionnel sur l'Occident musulman de la fin du XIIe siècle." Oeuvre découverte et traduite pour la première fois par l'arabiste espagnol Miguel Asín Palacios.




43. Abd al-Sallam el negro.


Era un místico giróvago. No entraba yo en un pueblo en que no me dijeran: "Por aquí ha pasado Fulano." Jamás permanecía quieto en ningún sitio. Yo le pregunté la causa de que nunca se estuviese tranquilo, y me respondió: "Es que encuentro una agradable emoción espiritual en el movimiento. (pp. 173-174).


vendredi 26 janvier 2024

ANALYSE DU CONCEPT DE TOLÉRANCE

 I. AVIS SUR LA TOLÉRANCE DANS "MONSIEUR IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORAN"

a) De l'auteur:

-"C’est un conte de tolérance, de bienveillance et très humaniste. Il œuvre pour l’amour et non pour la haine. Ce texte a donc peut-être plus d’importance".

-"Derrière les histoires que je narre, il y a bien évidemment des soucis philosophiques : développer la tolérance, créer du respect pour les personnages de la vie quotidienne auxquels personne ne prête attention, faire connaître une religion, montrer comment l’on peut aborder avec courage la vie et la mort, etc"

b) Marion Faucillas (professeur de Formation Bachibac):




c) D'autres: Hymne à la tolérance.


II. DÉFINITION du dictionnaire Trésor de la langue française:



III. LES PHILOSOPHES ET LA TOLÉRANCE:

-JOHN LOCKE

La Lettre sur la tolérance est un essai du philosophe anglais John Locke, rédigé en 1686 et publié pour la première fois en 16891. Il fut publié, sans nom d'auteur, en latin, à Gouda, et traduit immédiatement dans plusieurs langues.

Cette « lettre » est adressée à un « monsieur » — il s'agit en réalité d'un ami proche de John LockePhilipp van Limborch, qui la publia sans son autorisation. Locke y défend un nouveau rapport entre religion et gouvernement. Locke, un des fondateurs de l'empirisme, développe ainsi une philosophie contraire à celle exprimée par Thomas Hobbes dans son livre Leviathan, dans la mesure où il défend notamment la tolérance religieuse pour certaines confessions chrétiennes. Sa lettre fut publiée dans un contexte où régnait la peur que le catholicisme puisse s'imposer en Angleterre ; la tolérance est la réponse que Locke propose alors au problème religieux.

À l'inverse de Hobbes qui considérait qu'avoir une unique religion était une condition nécessaire pour une société efficace, Locke considère que la multiplicité des religions est un moyen de prévenir les troubles dans la société. Il considère ainsi que les troubles dans la société naissent de la volonté étatique d'empêcher l'exercice de différentes religions, là où il serait préférable de les tolérer. Par là, Locke entend distinguer « ce qui regarde le gouvernement civil, de ce qui appartient à la religion, et de marquer les justes bornes qui séparent les droits de l'un et ceux de l'autre »2. Il considère que le gouvernement et l'Église remplissent des fonctions différentes et ne doivent donc pas être mélangés.

Pour Locke, le seul moyen pour une Église de convertir des fidèles est par la conversion sincère et non par la force. Le gouvernement ne doit pas se mêler du salut des âmes. Pour appuyer sa thèse, Locke avance trois arguments :

  • les individus ne peuvent pas déléguer à l'État le soin de s'occuper de leur âme ;
  • l'exercice de la force ne peut pas contraindre les âmes, juste amener à l'obéissance ;
  • même si la coercition pouvait persuader quelqu'un de quelque chose, Dieu ne force pas les individus contre leur volonté.

La tolérance de Locke rencontre deux limites, la première avec les athées, sur qui les engagements qui sont la base de toute société n'auraient aucun effet. Il écrit ainsi : « ceux qui nient l'existence d'un Dieu, ne doivent pas être tolérés, parce que les promesses, les contrats, les serments et la bonne foi, qui sont les principaux liens de la société civile, ne sauraient engager un athée à tenir sa parole »3. La seconde limite est celle des Catholiques, qui se mettraient donc sous les ordres d'un autre prince en obéissant au Pape.

La tolérance est un élément central de la philosophie politique de Locke. Par conséquent, seule une Église qui prêche la tolérance peut être autorisée dans une telle société. (Wikipédia).


-VOLTAIRE


Le Traité sur la tolérance est une œuvre de Voltaire publiée en 1763.

Ce texte vise la réhabilitation de Jean Calasprotestant faussement accusé et exécuté pour avoir assassiné son fils afin d'éviter que ce dernier ne se convertisse au catholicisme.  Le contexte historique est alors encore fortement marqué par les guerres de Religion françaises des siècles précédents.

Dans ce Traité sur la Tolérance, Voltaire invite à la tolérance entre les religions et prend pour cible le fanatisme religieux (plus particulièrement celui des jésuites chez lesquels il a fait de brillantes études étant jeune homme) et présente un réquisitoire contre les superstitions accolées aux religions. (Wikipédia)


-KARL POPPER ET LE PARADOXE DE LA TOLÉRANCE


Le paradoxe de la tolérance affirme que si une société est tolérante sans limite, sa capacité à être tolérante est finalement détruite par l'intolérant. Karl Popper dans La société ouverte et ses ennemis (1945) l'a décrit comme l'idée apparemment paradoxale que « pour maintenir une société tolérante, la société doit être intolérante à l'intolérance. » Popper développe cela en écrivant : « Je n'implique pas, par exemple, que nous devions toujours supprimer l'énoncé des philosophies intolérantes ; tant que nous pourrons les contrer par des arguments rationnels et les contrôler par l'opinion publique, la suppression serait très imprudente. Mais nous devons revendiquer le droit de les supprimer si nécessaire, même par la force. » (Wikipédia)


IV. DÉBAT: 


IV. 1. La tolérance et le respect dans les établissement scolaires (extraits de Jean-Pierre Obin, LE RESPECT, LA  TOLERANCE, LES ETABLISSEMENTS ET LA VIE SCOLAIRE (Article pour Confluences n°9, IUFM de Lyon, 1998):


"Le respect, la tolérance, voilà deux valeurs dont on parle beaucoup aujourd’hui dans les établissements scolaires. Il est fréquent de les associer, voire de les confondre. N’est-il pas prudent cependant d’y regarder à deux fois ? Il n’est pas certain en effet que ces deux principes se confondent ou même procèdent de la même inspiration [...] Regardons de plus près ces deux notions, pour mieux cerner ce qui les distingue et peut néanmoins les rapprocher.  

LA TOLÉRANCE  

Voilà un mot particulièrement ambivalent. Son radical se décline fréquemment sous trois formes : tolérer, tolérance, intolérable, dont chacune renvoie, dans les établissements scolaires, à des usages et des circonstances différents. L’usage du verbe tolérer délimite souvent une  zone de compromis entre le permis et l’interdit [...]  Les comportements “ tolérés ” ne sont ni moraux ni même autorisés, mais les prohiber entraînerait un coût social jugé hors de proportions avec les troubles qu’ils pourraient engendrer. Pour autant personne n’est vraiment fier de ces “ tolérances ”, au sens faible du terme. Au sens fort, la tolérance est une valeur, un idéal moral fondé sur le respect des libertés de chacun. Elle suppose un désaccord avec ce que pense, aime ou fait l’autre. Historiquement, la tolérance s’adresse à la conscience, d’abord religieuse avant de s’étendre à tous les domaines de la pensée, du goût et des mœurs. Elle nécessite une capacité de prendre des distances avec soi-même, de concevoir ses propres convictions comme en partie construites, et aussi dignes d’attention que celles d’autrui. La tolérance implique donc la réciprocité, à tout le moins la réflexivité. C’est ce qui en fait une question sociale, donc politique, et donc juridique : comment concevoir et organiser cette réciprocité ? Admet-elle des limites ? Jusqu’où tolérer ? “ Qu’ils commencent par n’être pas fanatiques pour mériter la tolérance ! ” s’exclamait Voltaire.

[...]


Apprendre la tolérance, dans le contexte scolaire d’aujourd’hui, consiste à apprendre à accepter ces différences, non pas au nom d’un “ droit à la différence ” qui enfermerait chacun dans son origine, mais d’un “ droit à l’unité ” qui permet de la dépasser pour considérer, dans une tradition voltairienne, une appartenance commune à l’humanité. Éduquer à la tolérance ne revient cependant pas à enseigner l’indifférence. C’est ici qu’apparaît, à l’opposé de ce sentiment, l’intolérable, ou devoir de ne pas tolérer. Refuser l’esclavage, s’opposer à la barbarie, ne pas accepter la misère et refuser la tyrannie ont constitué historiquement une source majeure de progrès pour l’humanité. De ce point de vue le refus de tolérer, le sentiment de l’intolérable ne revient pas à s’opposer à la tolérance, mais bien à l’indifférence ou à la lâcheté.


LE RESPECT  


On l’a dit, le respect est la valeur cardinale revendiquée par les élèves. Et sans doute le sentiment d’irrespect qu’ils disent éprouver a-t-il quelque base objective [...]  le sentiment de respect s’adresse à la personne humaine elle-même, et non à ses pensées ou ses croyances, qui doivent être considérés comme des choses. L’attitude morale consiste alors pour Kant, après s’être posé la question de la généralisation d’un comportement (“ Réfléchissons à ce qu’il adviendrait si chacun faisait comme moi ”), à adopter l’attitude qui serait généralisable sans dommage pour les personnes. On l’a vu, la tolérance s’adresse à l’individu, privilégie sa liberté ; le respect s’adresse à la personne et tend à préserver sa dignité. Le respect, c’est la reconnaissance de l’éminente dignité de la personne humaine, qualité qui réside dans notre capacité à la moralité, au-delà même de nos actes. Dans cette conception la personne du criminel mérite d’être respectée comme celle de l’homme vertueux et, même aux mains de la police ou de la justice, d’être traitée dignement. Il va sans dire qu’il devrait en être de même du “ mauvais élève ”, faible, paresseux ou indiscipliné [...]



IV.2. La tolérance est-elle une vertu? (extraits de l'article homonime de Óscar Carlos Cortelezzi)


[...] Nadie tiene derecho a “tolerar” a los demás, como si hubiese sido signado o tocado por los dioses; como si contara con un don o cualidad especial, que lo hiciera superior al resto de los mortales.

No se tolera a nuestros semejantes, se los acepta (en función de personas que son).

Dicho esto, no es (ni remotamente) obligatorio el tolerar los actos o las ideas de otros… Nadie tiene porqué tolerar creencias estúpidas [...]. Nadie tiene porqué tolerar el fundamentalismo, el fanatismo, el oscurantismo o los prejuicios ajenos. De hecho, la más de las veces, el hacerlo constituye un acto de cobardía o de complicidad, respecto de ideas o acciones que afectan a terceros, a la sociedad o, incluso, a la Humanidad en general.

Tolerar el error es ser cómplice de la ignorancia; tolerar el crimen es ser cómplice del victimario y co-agresor respecto de la víctima; tolerar el desorden es promover el caos…

Por otra parte [...] las ideas o creencias no merecen ningún respeto, sino cuestionamiento, debate, análisis y escrutinio. Como alguien dijo una vez: «La única verdad sagrada es que no existen las verdades sagradas». Son las personas (como entes conscientes) los que siempre merecen nuestro respeto (a menos que comiencen a ser hostiles con nosotros o con seres inocentes, presentes en nuestro horizonte de percepción).

[...]

En resumen, nadie tiene el derecho de tolerar o no a otros por lo que son… A los demás, se los debe aceptar tal cual sea su naturaleza, en cualquier nivel de consideración, con la única excepción de quienes pretendan destruir nuestras vidas, obstaculizar nuestro destino o dañar a la sociedad donde vivimos.

La tolerancia de la intolerancia, del crimen, de la violencia injustificada; de la ignorancia contumaz, de la mediocridad manifiesta, del vandalismo o la alienación, es cobardía… Es siempre un acto pusilánime y de cortas miras, porque a la larga, la omisión de la resistencia que se debió mantener en tiempo y forma, nos explotará en la cara y nos arruinará la vida.

La palabra “tolerancia” debería estar referida solamente a otros ámbitos… Se tolera un cierto nivel de dolor; se tiene un grado de tolerancia a ciertos tóxicos o agentes alergénicos, más allá de lo cual uno se enferma; se tolera un cierto nivel de calor o frío en el ambiente, etc… Pero nadie tiene porqué tolerar ideas o creencias con las cuales, sinceramente, no está de acuerdo y nadie tiene porqué tolerar a otros, si esos otros, no son personas civilizadas que han aceptado vivir en la misma sociedad que uno, bajo las mismas leyes y normas de convivencia.

La palabra “tolerancia” es un valor ambiguo, peligroso… Por supuesto, así mismo, la “intolerancia” es generalmente un mal, al menos cuando esta se aplica sobre otros seres vivientes, sobre sus derechos o características. Pero ser intolerante en relación con ideas o creencias erróneas o respecto a actos inaceptables dentro de una sociedad civilizada, lejos de ser un defecto, constituye una obligatoria virtud [...]


M. IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORAN: LE FILM

LES VALEURS DANS "M. IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORAN"

 

Une leçon de sagesse et de tolérance avec Éric-Emmanuel Schmitt



Éric-Emmanuel Schmitt n'avait jamais joué au théâtre de façon professionnelle avant d'être l'acteur de sa propre pièce.

THÉÂTRE. Tolérance. Amour. Sagesse. Ces valeurs véhiculées dans Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, texte écrit en 1999 par le célèbre écrivain belge Éric-Emmanuel Schmitt, prennent encore plus leur sens dans le contexte international actuel. Le dramaturge montera sur la scène de la Maison des arts Desjardins Drummondville le 30 novembre pour donner vie aux personnages de son roman.

M. Ibrahim et les fleurs du Coran raconte l’histoire de Momo, devenu adulte, qui se remémore son enfance passée dans l’épicerie de la rue bleue. Alors âgé de douze ans, ce jeune garçon juif, en manque d’amour depuis la séparation de ses parents, se lie d’amitié avec le vieil épicier arabe du quartier, Monsieur Ibrahim. Celui-ci semble connaître les secrets du bonheur qui feront retrouver le sourire et la gaieté de vivre au jeune Momo.

M. Schmitt confie que son texte, d’abord écrit comme un monologue de théâtre, mais popularisé en devenant un roman, «résonne encore mieux» aujourd’hui qu’en 1999.

«À cette époque, le rapport des Occidentaux à l’Islam en était un d’indifférence, enfin, en France. Aujourd’hui, c’est un rapport de méfiance, d’inquiétude, voire de haine. Il y a des gens qui voudraient qu’on ne puisse pas vivre ensemble si on est différent. Il y en a qui se font sauter et tuent les autres parce qu’ils veulent un monde complètement uniforme. Alors, se faire prendre par la main par M. Ibrahim et aller dans les beaux territoires de la mystique soufisme, territoires où l’on prie en dansant, où il y a une conception du monde qui est très noble et qui élève l’âme, eh bien tout d’un coup, ça devient quelque chose de très militant. C’est un conte de tolérance, de bienveillance et très humaniste. Il œuvre pour l’amour et non pour la haine. Ce texte a donc peut-être plus d’importance.»

Mystérieux et discret caractérisent bien M. Ibrahim.

«M. Ibrahim, c’est un sourire, un regard, de la tendresse. C’est comme ça qu’il va sauver l’enfant de sa propre violence. Un moment, il demande à Momo pourquoi il ne sourit jamais. Il lui répond "parce que sourire, c’est un truc de gens heureux". M. Ibrahim lui dit, "non, non, tu n’as pas compris, c’est le sourire qui rend les gens heureux". Bref, c’est une philosophie du bonheur», explique l’auteur qui s’est inspiré de son grand-père pour créer son personnage.

«Je monte chaque soir sur scène pour faire revivre mon grand-père. C’est un rendez-vous avec lui. Il était autant un enfant qu’un sage. Un sage par ce qu’il était artisan, il passait des heures dans son atelier avec une patience infinie, il avait la patience de la passion et m’a donné le sens du travail bien fait. Un enfant, parce qu’il était capable de tout arrêter, se mettre à quatre pattes et jouer avec nous. Il avait à la fois le sens du sérieux et celui du jeu», se rappelle-t-il, précisant que l’enfant Momo peut ressembler à l’enfant qu’il était.

Par accident

Il est rare qu’un écrivain devienne l’acteur principal de sa propre pièce, mais il en est d’autant plus lorsqu’il faut incarner six personnages.

«Ça demande une énergie et un accent spécifique pour chacun. J’aime jouer ce texte, car il y a toutes les couleurs de l’arc-en-ciel! Ça me permet de faire des tas de choses», laisse-t-il entendre. 

Cette belle aventure a commencé il y a trois ans de façon accidentelle.

«C’est Francis Lalanne, comédien et chanteur, qui avait ce mandat à  Paris. Un jour, on m’a proposé de le remplacer, car il avait signé pour une série de galas de chansons. J’ai eu trois jours pour apprendre le texte et quatre jours pour le répéter avant de me retrouver devant le public qui avait été tellement chaleureux et merveilleux. L’expérience m’avait plu. Depuis, j’ai beaucoup travaillé sur les textes, mais également sur ma voix pour mériter cet accueil», raconte l’homme passionné des mots.

Et comment parvient-il à garder l’intérêt du public?

«Il faut avoir un bon texte! Quand Schmitt interprète n’est pas là, Schmitt écrivain est toujours proche et il fait le travail. Il n’y a pas un moment de cette histoire que je n’aime pas raconter et il paraît que ça se voit d’ailleurs», indique-t-il en riant.

M. Ibrahim et les fleurs du Coran a été jouée des centaines de fois en Europe, notamment en France et en Allemagne. Le roman a aussi été adapté au grand écran en 2003. Ce sera la première fois que la pièce sera présentée au Québec.

«J’espère que ça donnera le goût à d’autres personnes de la jouer», lance le dramaturge bien heureux d’entreprendre une tournée dans la Belle Province. 

 

vendredi 19 janvier 2024

ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT, "M. IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORAN" (pp. 64-75)

 



[escuelapedia.com]



QUESTIONS DE COMPRÉHENSION (10 points):


1. Quels sont les changements que Momo rapporte chez lui après avoir pratiqué la danse sacré (sama) des derviches? Quel est le rôle de M. Ibrahim dans cette transformation de son fils? Pour répondre à ces questions, lisez ci-dessous cette interprétation du texte (cfr. Yvonne Ying Hsieh, Eric-Emmanuel Schmitt ou la Philosophie de l'ouverture, pp. 97-100).


 

 

2. "Tu bouges trop, Momo. Si tu veux avoir des amis, faut pas bouger" (p. 66). Interprétez avec vos propres mots cette affirmation de M. Ibrahim. Qu'en pensez-vous?

3. Pourquoi M. Ibrahim n'a-t-il pas peur de mourir? Expliquez-le en vous appuyant sur le dialogue entre Momo et le moribond (pp. 69-70)

4. Expliquez les conseils de vie donnés dans le poème du mystique soufi Rumi (p. 71) et quel est le rapport que M. Abdullah établit avec la danse des derviches.

5. Rapportez d'une façon résumée ce qui se passe avec Momo après le décès de M. Ibrahim. Comment interprétez vous les dernières phrase du récit?


LEXIQUE (Rendez ces mots ou expression dans un langage standard):


-"J'avais la haine qui se vidangeait" (p. 65)

-"ça la fait bicher" (p. 74)

-"le plis et pris" (p. 74)




CAHIER DE CITATIONS:


-"Le coeur de le l'homme est comme un oiseau enfermé dans la cage du corps". Quand tu danses, le coeur, il chante comme un oiseau qui aspire à se fondre en Dieu (p. 64)

-"Tu vois, Momo! Ils [les derviches] tournent autour de leur coeur qui est le lieu de la présence de Dieu. C'est comme une prière". (pp. 64-65)

-"Plus le cors devient lourd, plus l'esprit devient léger" (p. 65)

-"Moi, je tournais comme un enragé. Non, en fait, je tournais pour devenir un peu moins enragé" (p. 66)

-"Tu bouges trop, Momo. Si tu veux avoir des amis, faut pas bouger" (p. 66)

-"Pour un homme normal, je veux dire un homme comme toi et moi [...] ta beauté, c'est celle que tu trouves à la femme" (p. 67)

-"Moi, je n'ai pas peur, Momo. Je sais ce qu'il y a dans mon Coran" (p. 69)

-"Momo, tu pleures sur toi-même, pas sur moi. Moi, j'ai bien vécu. J'ai vécu vieux." (p. 70)

-"Alors, aujourd'hui encore, quand ça ne va pas: je tourne" (p. 71)

-"Il y a des enfances qu'il faut quitter, des enfances dont il faut guérir" (p. 73)

-"Voilà, maintenant je suis Momo, celui qui tient l'épicerie de la rue Bleue, la rue Bleue qui n'est pas bleue" (p. 74)

-"Pour tout le monde, je suis l'Arabe du coin" (p. 75)

-"Arabe, ça veut dire ouvert la nuit et le dimanche, dans l'épicerie" (p. 75)


jeudi 14 décembre 2023

ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT, "M. Ibrahim et les fleurs du Coran" (pp. 54-63)



[Red'Action.fr] 



QUESTIONS DE COMPRÉHENSION (10 points):


1. Pourquoi Momo et M. Ibrahim décident-ils de voyager? Pourquoi Momo est-il ravi dans son nouvel état? Expliquez-le en citant le texte.

2. Momo demande à M. Ibrahim quelque chose à propos du Coran (p. 59). Résumez question et réponse en style indirect.

3. Énumérez les étapes du voyage de Momo et M. Ibrahim. Comment reconnaissent-ils si on est chez des riches ou chez des pauvres?

4. Momo et M. Ibrahim entrent dans trois monuments religieux lors de sa visite à Istanbul. Écrivez une petite description de ces bâtiments. Y a-t-il quelqu'un d'eux qui a changé de statut de nos jours?

5. Que M. Ibrahim réproche-t-il à Momo lors de la visite au dernier monument. Expliquez les arguments de M. Ibrahim.



LEXIQUE (Donnez un équivalent de ces expression dans langage soutenu):

-C'est dingue (p. 55)

-commettre gaffe sur gaffe (p. 57)


CAHIER DE CITATIONS:


-"Le non, on l'a déjà dans notre poche, Momo. Le oui, il nous reste à l'obtenir (p. 55).

-"Nous, on fait pas de la géométrie, on voyage" (p. 61)

-"La lenteur, c'est ça, le secret du bonheur" (p. 62)

-"Moi, ce parfum de chaussettes, ça me rassure. Je me dis que je ne vaux pas mieux que mon voisin. Je me sens, je nous sens, donc je me sens déjà mieux! (p. 63)


mardi 5 décembre 2023

ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT, "M. Ibrahim et les fleurs du Coran" (pp. 44-54)

 



[paris.fr]



QUESTIONS DE COMPRÉHENSION (10 points):

 

1. "À chaque fois que je vendais un livre, je me sentais plus libre" (p. 45) Pourquoi Momo affirme-t-il cela?

2. Quelle est la réaction de Moïse à la nouvelle de la mort de son père? Comparez-la à celle de Momo dans La vie devant soi (pp. 200-201) lors d'un épisode pareil.

3. Pourquoi M. Ibrahim demande à Momo de ne pas en vouloir à son père? Résumez ses arguments.

4. Comment Momo se conduit-il lors de l'apparition de sa mère? Comment pensez-vous que le Momo de La vie devant soi aurait-il réagi dans ce cas? Expliquez les ressemblances et différences que vous trouvez.

5. Que Momo demande-t-il à M. Ibrahim àprès le départ de sa mère? Expliquez les raisons de Momo, et les possibles changements dans sa vie.

 

 

 

 

LEXIQUE (écrivez les phrases suivantes dans un style soutenu):

-faire un truc tordu (p. 48) 

-Je me paie le luxe de me foutre de sa guele (p. 50)

-J'ai envie de me marrer (p. 51)

 

 

CAHIER DE CITATIONS:

 

-"Un père qui se suicide, voilà qui n'allait pas m'aider à me sentir mieux" (p. 47)

-"Momo, tu ne dois pas en vouloir à ton père" (p. 48)

 

vendredi 10 novembre 2023

ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT, "M. Ibrahim et les fleurs du Coran" (pp. 37-44)




 [CultureLang.com]


QUESTIONS DE COMPRÉHENSION (10 p.):


1. Quelle est la décision que Moïse prend après avoir été abandonné par son père? Expliquez les raisons, et dites si vous trouvez quelque chose de pareil dans La vie devant soi de Romain Gary.

2. Le Coran est mentionné à nouveau comme lecture de Moïse-Momo. Cherchez et copiez l'extrait dans votre cahier. Pensez-vous que cela pourrait être le début de la recherche d'une nouvelle identité?

3. Pourquoi Moïse s'empresse-t-il de tomber amoureux? Expliquez-le en vous appuyant sur le texte. Trouvez-vous des ressemblances avec les sentiments de Momo dans La vie devant soi?

4. "Lorsqu'on veut apprendre quelque chose, on ne prend pas un livre. On parle avec quelqu'un. Je ne crois pas aux livres" (p. 41). Partagez-vous l'avis de M. Ibrahim? Donnez des arguments.

5. À la fin de cette partie du récit fait référence aux trois religions dites "du Livre". À quelle occasion et pour quoi dire?


LEXIQUE (Expliquez le sens des expressions suivantes):


-se taper sur la gueule (p. 44)


CAHIER DE CITATIONS:


-"Il était hors de question que j'admette avoir été abandonné [...] Si cela se savait, plus personne ne me donnerait ma chance" (p. 39)

-"Je devais me prouver qu'on pouvait m'aimer" (p. 40)

-"Lorsqu'on veut apprendre quelque chose, on ne prend pas un livre. On parle avec quelqu'un. Je ne crois pas aux livres" (p. 41)

-La beauté, Momo, elle est partout. Où que tu tournes les yeux. Ça, c'est dans mon Coran" (p. 42)

-"Momo, pas de réponse, c'est une réponse" (p.43)

-"Ce que tu donnes, Momo, c'est à toi pour toujours; ce que tu gardes, c'est perdu à jamais!" (p. 43)



vendredi 3 novembre 2023

ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT, "M. Ibrahim et les fleurs du Coran", (pp. 31-37)

 


 

[Facebook]

 

 

QUESTIONS DE COMPRÉHENSION (10 points):

 

 1. "C'est ça, le luxe, Momo, rien dans la vitrine, rien dans le magasin, tout dans le prix" (p. 32). Expliquez l'affirmation apparemment paradoxale de M. Ibrahim dans son contexte.

2. Pourquoi pensez-vous que Momo a cru que le soufisme est une maladie? À la page 33 on offre une définition de soufisme qui ne satisfait pas la curiosité de Momo. Cherchez-en d'autres des mots "soufisme", "ésoterisme" et "mysticisme" sur Internet ou ailleurs, et copiez-les dans votre cahier.

3. "Être juif, c'est simplement avoir de la mémoire. Une mauvaise mémoire" (p. 35). Comment interpréter ce propos du père de Momo et son athéisme?

4. "Qu'est-ce que ça veut dire, pour toi, Momo, être juif? (p. 37). Interprétez la réponse de Momo.

5. Après avoir regardé les mauvaises chaussures de Momo, M. Ibrahim propose de lui en offrir une nouvelle paire le lendemain. Croyez-vous que ce cadeau peut avoir une valeur symbolique? Répondez en analysant les répliques de M. Ibrahim.

 

 

LEXIQUE (Donnez le sens des mots et expressions suivants:

-raffoler (p. 31):

-détraquer la santé (p. 35)


CAHIER DE CITATIONS

 

"C'est fou, monsieur Ibrahim, comme les vitrines de riches sont pauvres. Y a rien là-dedans" (p. 32) 

"Être juif, c'est simplement avoir de la mémoire. Une mauvaise mémoire" (p. 35) 

"[pour être heureux] je sais ce qu'il y a dans mon Coran" (p. 36).

"Pour moi [être juif] c'est juste un truc qui m'empêche d'être autre chose" (p. 37).

"Si des chaussures te blessent, tu les changes. Les pieds, tu ne pourras pas en changer" (p. 37) 

 

ÉRIC-EMMANUEL SCHMIT PARLE DE SON RÉCIT

 

VIA

Copiez dans votre cahier les phrases où M. Schmitt explique la génèse et le processus de création de son récit.
Pour la collection « Classiques & Contemporains », Éric-Emmanuel Schmitt a accepté de répondre aux questions de Josiane Grinfas-Bouchibti, auteur de l’appareil pédagogique de Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran.

Josiane Grinfas-Bouchibti : Vous avez une formation de philosophe, mais vous aimez aussi raconter des histoires. Quel conteur êtes-vous ?
Éric-Emmanuel Schmitt : J’aime que le personnage surgisse dès la première phrase, qu’il capte mon attention et qu’il s’empare de  moi jusqu’à la dernière ligne. L’histoire que je raconte existe toujours dans mon esprit  plusieurs mois, voire plusieurs années, avant d’être rédigée. Lorsque je prends la plume, je connais presque tous les événements à raconter, je n’ai plus qu’à tendre  mon oreille à l’intérieur de moi, j’essaie d’entendre la juste voix des mes héros. Si Flaubert appelait son bureau son « gueuloir » parce qu’il y testait son texte à voix haute, moi  j’appelle mon bureau mon « écoutoir ». Dans le silence, les personnages me parlent. Ils viennent. Ils sont présents. Dans ce livre,  Momo commence par « À onze ans, j’ai cassé mon cochon et je suis allé voir les putes ». Immédiatement se dessine un garçon décidé, fort,  non conventionnel, pas mièvre, capable du pire et du meilleur tant il est plein de pulsions. Par derrière, s’esquisse aussi le décor, un quartier populaire, un Paris non bourgeois. Après, je n’ai plus qu’à obéir à sa voix, ainsi qu’à celle de monsieur Ibrahim. Comme vous avez pu le voir, je tente de dire le minimum nécessaire, jamais plus. Je ne décris jamais : j’évoque. J’utilise de brefs dialogues. Bref, je déteste les écrivains qui se répandent sur la page comme si elle leur appartenait : en réalité, elle appartient d’abord aux personnages. Si ceux-ci, tel Momo ou monsieur Ibrahim, ne sont pas bavards, il ne faut pas devenir bavard. Écrire, c’est se soumettre à ce qui doit être écrit, consentir à l’essentiel. Ni plus, ni moins. Derrière les histoires que je narre, il y a bien évidemment des soucis philosophiques : développer la tolérance, créer du respect pour les personnages de la vie quotidienne auxquels personne ne prête attention, faire connaître une religion, montrer comment l’on peut aborder avec courage la vie et la mort, etc. Les questions philosophiques, elles se posent dans la vie lorsque l’on a un problème et qu’on cherche à l’élucider ; elles ne sont pas faites pour l’école ou l’université ; elles demeurent nos interrogations intimes. Le roman me paraît donc un bon véhicule pour la réflexion.
J. G.-B. : Comment vous est venue l’idée de transformer la pièce de théâtre en récit ? Qu’est-ce que la forme narrative apporte à cette histoire d’amour ?
É.-E. S. : En fait, la pièce et le récit sont la même chose : un monologue. Momo, à quarante ans, monte sur scène et vient, seul, raconter son enfance. L’acteur jouant Momo adulte va jouer Momo enfant ainsi que monsieur Ibrahim. Momo adulte voyage à l’intérieur de son passé qu’il narre en évoquant tous les personnages. Par la poésie du théâtre, par le travail sur les voix, les intonations, les accents,  par le jeu des lumières, des musiques, des sons, des accessoires, l’acteur va tout évoquer sur scène. Il va danser aussi, comme un derviche tourneur, lorsqu’il décrira le voyage en Orient… Vous savez, même s’il serait beau de voir monsieur Ibrahim « en vrai » comme au cinéma,  il est aussi beau de voir monsieur Ibrahim seulement dans le souvenir de Momo, représenté avec tendresse et nostalgie par ce Momo qui l’a tellement aimé. Le moment de la mort devient même davantage émouvant.
J. G.-B. : Qu’est-ce qui vous a amené à choisir un jeune Juif et un vieux Musulman comme personnages de cette belle rencontre ?
É.-E. S. : Je voulais aller contre les idées reçues. Aujourd’hui, à cause du conflit israelo-palestinien, à cause des tensions internationales, on ne parle plus des juifs et des musulmans que comme des ennemis. Or, juifs et musulmans vivent ensemble et s’entendent très bien depuis des siècles ! Dans les pays du Maghreb, juifs et musulmans non seulement cohabitent mais se sentent plus proches entre eux que d’un cousin européen. En Occident, dans certains quartiers des grandes villes, comme ces rues parisiennes que j’évoque dans le texte où j’ai moi-même vécu, il y a aussi un vrai voisinage harmonieux, enrichissant, une solidarité qui s’exprime au-delà des différences. C’est pour cela que Momo est juif et monsieur Ibrahim musulman : chacun va apporter le bonheur à l’autre. Ils vont se changer la vie, ils vont se rendre heureux. Monsieur Ibrahim ne veut pas convertir Momo à la religion musulmane, il lui montre simplement comment lui vit avec elle. Momo ne deviendra sans doute pas musulman, même s’il lit le Coran et se met à prier comme un soufi. Par contre, il deviendra à son tour « l’arabe » de la rue Bleue.
J. G.-B. : Qu’est-ce qui vous touche dans le personnage de Momo ?
É.-E. S. : Sa force ! Rien ne l’abat. Alors qu’il vit une enfance terrible, qu’il manque d’une mère, qu’il subit un père dépressif, qu’il fait le ménage, le repas et les courses en plus de son travail scolaire, il ne baisse pas les bras. Il veut grandir, connaître les femmes, avoir une fiancée. Certes, il ne sait pas sourire et il pourrait investir sa rage de vivre dans des actes malhonnêtes (il vole déjà), devenir délinquant : fort heureusement, il rencontre monsieur Ibrahim et tout change. Le vieux sage, enfin, lui prête de l’attention, lui porte de l’amour et, avec humour, dénoue bien des nœuds qui l’étouffent. C’est une rencontre providentielle. Providentielle pour Momo comme pour monsieur Ibrahim, car je crois que l’adolescent apporte autant à l’épicier que celui-ci lui donne.
J. G.-B. : Comment avez-vous découvert les textes de Rumi et le soufisme ? Qu’est-ce qui vous séduit dans cette façon de penser l’homme et Dieu ?
É.-E. S. : Un ami m’a offert les poèmes de Rumi que j’ai trouvés magnifiques. Puis, toujours dans les livres, j’ai découvert le personnage de Nasreddine le Fou, personnage célébrissime dans la tradition orale arabo-musulmane, roublard, naïf, malicieux, dont les innombrables aventures sont des pieds de nés à la sagesse des sots, ce sage soufi si drôle et si déconcertant, presque un personnage de bande dessinée ou de dessin animé, qui joue tellement les étonnés que beaucoup le prennent pour un imbécile. Je trouvai que c’était merveilleux d’être intelligent sans en avoir l’air, d’apporter de la sagesse aux autres sans jamais donner l’impression de leur faire la leçon. Enfin, un jour, Bruno Abraham-Kremer, l’acteur à qui j’ai dédié le texte, est revenu bouleversé d’un voyage en Turquie. Il avait dansé dans les monastères, parlé avec des moines soufis. « Pourquoi ne pas parler des derviches tourneurs et de cette belle mystique musulmane ? » m’a-t-il proposé. Nous nous sommes dit, effectivement, que nos contemporains s’y intéressaient très peu.  Quelques temps après, j’écrivais le texte que Bruno Abraham-Kremer a créé au Festival d’Avignon. Depuis, il a fait le tour de monde avec ce spectacle. Et le texte lui-même a été traduit, avec succès, dans une trentaine de langues.
J. G.-B. : Qu’avez-vous pensée de l’adaptation cinématographique de François Dupeyron ? Et des acteurs ?
É.-E. S. : J’avais très peur que le film trahisse mon livre. J’ai d’abord refusé plusieurs propositions.  Puis, même si j’avais accepté la proposition de François Dupeyron parce que j’avais adoré son précédent long métrage La Chambre des Officiers, j’ai craint une erreur jusqu’à ce que je voie le film achever sur grand écran. J’aime le film. J’adore ses acteurs. Je trouve que la musique dynamique vient habilement remplacer l’humour présent dans le livre mais difficile à rendre en images. Cela m’a réconcilié avec le cinéma et, dans le même temps, lorsque je me rendais sur le tournage, je me disais : « C’est incroyable : pour évoquer la rue de Paradis et ses filles, il me suffit d’une phrase ; au cinéma, il faut bloquer plusieurs artères, engager et costumer des dizaines de figurants, louer des voitures d’époque, dépenser des millions en quelques jours pour quelques secondes à l’écran ! » Tout en admirant le travail cinématographique, j’en ai conclu que j’avais bien de la chance de créer ou de recréer le monde  pour des centaines de milliers de lecteurs avec seulement un stylo et une feuille de papier. Je me sens très libre, depuis….
J. G.-B. : Le casting de cette adaptation est prestigieux : le réalisateur vous a-t-il demandé votre avis ?
É.-E.  S. : Non. Le cinéma ne fonctionne pas comme le théâtre où je dois donner mon accord pour les acteurs (c’est souvent moi qui les choisis, d’ailleurs). Mais franchement, je ne serais jamais arrivé à trouver mieux qu’Omar Sharif et Pierre Boulanger. Mes personnages ont désormais leurs figures, même pour moi. Avec sa légèreté, son humanité, sa tendresse, Omar Sharif a trouvé là un de ses plus beaux rôles : il a d’ailleurs remporté le César du meilleur comédien et reçut un accueil magnifique dans tous les pays…
J. G.-B. : Que pensez-vous de l’idée qui consisterait à étudier en classe parallèlement votre roman et son adaptation cinématographique ?
É.-E. S. : Très bonne idée. C’est un excellent moyen de se connaître soi-même en comparant les deux arts majeurs de la narration : la narration romanesque et la narration cinématographique. Le roman tel que je le pratique fait énormément appel à l’imagination du lecteur. Le cinéma, lui, impose ses images à l’imagination. Le but de la comparaison ne serait pas décider qui est le meilleur, film ou livre, mais de découvrir si l’on est d’abord un lecteur ou d’abord un spectateur…